Guillaume Sauvage

On oublie souvent que de grands auteurs aujourd’hui devenus des « classiques » ont commencé par se faire éditer à compte d’auteur.  Rimbaud avait fait imprimer à ses frais Une saison en enfer mais n’eut jamais assez d’argent pour les retirer – ce qui fit le bonheur de Léon Losseau (et de ses héritiers) qui racheta tout le stock à l’imprimeur.  Alors pourquoi faire la fine bouche devant un auteur autoédité ? 

J’ai eu raison d’oublier les préjugés lorsque Guillaume Sauvage m’a proposé son roman Cornik Consulting. Ce roman, difficilement qualifiable au début, se révèle au fil des pages d’un fantastique sombre mais plein d’un humour noir.

Vascan, un clodo suicidaire veut se jeter sous le métro.  Une voix derrière lui conseille de n’en rien faire.

– Ta gueule, répondit[-il] dans un souffle.  Jamais mot d’adieu n’avait été aussi concis.

Lorsque la rame arrive à sa hauteur, il s’élance… et atterrit indemne sur la voie d’en face.  Drôlement doué par le saut en longueur le gars !  Un « grand diable de rouquin », d’une trentaine d’années, très élégant dans un costume italien griffé, arborant un minuscule triangle de poils roux sous la lèvre inférieure, lui a sauvé la vie.  Pol Ruz se présente comme un spécialiste des situations désespérées qu’il résout moyennant finances.  Il propose à Vascan de l’engager.  Mais celui-ci lui réplique qu’il préfère attendre le train suivant.  Avant de le quitter, Ruz lui donne sa carte de visite de sa société Cornik Consulting et lui donne rendez-vous pour le lendemain à 13 heures.  Lorsqu’il a disparu, Vascan trouve dans sa poche une liasse de de quinze billets de vingt euros et cinq de cinquante.  Il se met en quête du bar le plus proche.

Néanmoins, le lendemain, il se rend à l’adresse indiquée.  La société Cornik Consulting était sise dans le genre d’impasse privatisée, avec grille et digicode, qu’affectionnent tant les bobos, les Hypsters et autres branchouilles assimilés.  Par bonheur, elle était déverrouillée, et s’ouvrit sans problèmes quand je la poussai.  Le passage était bordé de bâtiments lépreux et sans grâce, que côtoyaient des immeubles de néon gris.  Le numéro entrait dans cette dernière catégorie.  […]  Leurs bureaux se trouvaient aux 6e étage.  Super. Heureusement, un peu plus loin, la double porte métallique d’un ascenseur me tendait les bras.  Mais dans l’ascenseur, il y a un miroir et Vascan déteste les miroirs depuis son enfance.  Les miroirs et la copulation son infâmes, puisqu’ils multiplient le nombre des hommes.  Après avoir balancé quelques coups de « lattes », il entame l’ascension de cinquante marches, malgré la toux, conséquence de toutes les clopes fumées les dernières quarante-huit heures.  L’hôtesse, une très belle Africaine le toise avec une arrogance digne de Marie-Antoinette au faîte de sa gloire.  Il faut dire qu’il n’a pas dépensé l’argent reçu la veille en vêtements ni en savon.  Après être passé sous la douche et avoir enfilé des vêtements neufs, il est confié aux mains du coiffeur-maison.

Vascan se méfie toujours de la proposition de Ruz : il ne veut pas être le cas social préféré du patron.  Mais après discussion, il signe un contrat à durée indéterminée pour une rémunération nette annuelle de 66 666 euros.  [Il] aura pour tâche de promouvoir auprès des sociétés clientes de Cornik Consulting la méthodologie de projets CIMI © ®, seule solution dynamique et complète à même de les sortir des situations désespérées […]

Alain, un petit oriental est chargé de la formation technique de Vascan.  Il s’agit simplement de lui apprendre à se servir d’une clé USB qui prend le contrôle de la machine hôte.  « Quand vous serez en clientèle, branchez votre clé sur le poste de travail que vous fournira le client. Votre poste sera automatiquement mis à l’abri de toutes les mesures coercitives de l’équipe informatique locale. »  On aura compris qu’il s’agit d’infiltrer des sociétés pour les espionner.

Avant de commencer son travail et faire la connaissance de ses collègues, il a droit à une semaine de congé. (Déjà !  )  Il se promène en se demandant pour la ne fois comment, la veille, il n’a pas fini écrasé à mort.  C’est alors qu’il est abordé par un vieil homme vêtu d’un poncho qui lui prétend qu’il est bien mort.

C’est une des nombreuses questions que le lecteur se posera jusqu’à la fin du roman avec celles des identités de Ruz et de « Poncho Man ».

Suite à l’écran ou au livre car l’œuvre existe en version papier, EPUB ou PDF.